Jeudi 23 octobre 2008
Excellent édito de Philippe Val dans le Charlie Hebdo n°851 du 8 octobre 2008, commentant la crise financière et économique du monde. Il reprend un extrait des Mémoires de Churchill qui explique
les raisons de la crise et ses conséquences. On a l'impression de déjà-vu : soit c'est la raison de la crise de 2008 qui nous paraît familière, soit c'est la conséquence de 1929, auquel ce cher
Winston fait référence, qui nous secoue. Effectivement, ce n'est pas rien si les nationalistes se sont emparés du pouvoir en Allemagne et Italie, sur les débris de l'Europe abasourdie par la
crise.
Bref, on connaît le goût du vomi mais on continue à se bourrer la gueule.
L'analyse de Philippe Val est aussi pertinent par la suite. Il nous parle des banques. Nous, les citoyens, sommes obligés de posséder un compte en banque pour les transferts de grosses sommes d'argent (et les petites aussi). Les sommes des comptes dorment tranquillement, pensez-vous, mais en fait elles travaillent activement, comme les banques expliquent si bien aux petits n'enfants qui ouvrent leur premier compte, avec en guise de cadeau de bienvenue, une tirelire. L'idée de Monsieur et Madame qui font ouvrir un compte à leur rejeton dans une banque me fait sourire :
- Bonjour et bienvenue à la société générale!
- Bonjour! Nous voudrions ouvrir un compte pour notre fils
- Je veux pas donner mon argent à lui. Je veux une glace!
- Oh! Qu'il est mignon tout plein! Mais bien sûr! Mais je vais tout d'abord expliquer à notre futur client, comment travaille son argent. Eh oui, ton petit billet de dix euros que tu vas me donner va te faire plein de petits billet de dix euros. Comment ça? Une fois tes dix euros en sécurité, ta nouvelle banque va les investir dans des entreprises à fortes croissances. Ce sont des entreprises qui la veille valent 10 euros et le lendemain valent 100.
- Wouah! C'est la magie?
- Mais non, mon petit! C'est le capitalisme. Il s'agit d'entreprises, qu'on appelle multi-nationale, qui ont trouvé une astuce leur permettant de gagner beaucoup d'argent. Grâce à la mondialisation, car il s'agit d'elle, les entreprises investissent leur argent, comme toi, dans des entreprises situées en Chine, qui ne coûtent pas beaucoup d'argent. Pas de sécurité, ni d'éducation, ni de droits sociaux dans ce pays, des journées de travail de 35 heures permettent à ces entreprises de ne pas beaucoup dépenser l'argent inutilement.
- Parce qu'en France, on dépense l'argent inutilement?
- Mais bien sûr, on appelle ça le gaspillage, ce qui obligent les entreprises basées en France à vendre très chers leur produit pour compenser les grosses dépenses et faire un peu de profit. Avec le marché chinois, ils pourront compenser les petites dépenses et faire de supra-énormes profit. Au fur et à mesure, la valeur de l'entreprise augmente, celle de ta banque aussi et celle de ton compte en banque par la même occasion. Comme tu peux le constater, on est dans la même merde, mon petit!
- Coooool!
- Mais ce n'est pas tout! Comme toi, ta banque et les multi-nationales prêtent leur argent aux entreprises chinoises; les entreprises françaises, elles, ont moins d'argent investit chez elles. Le deuxième effet Kiss-Cool arrive ensuite, les multi-nationales arrivent en France grâce à la mondialisation, et vendent des produits de Chine un peu moins chers que les mêmes produits français. Au lieu de faire de supra-énormes profits, elles peuvent se permettre de faire des méga-énormes profits.
- Alors y reste pu rien aux entreprises françaises?
- Tu l'as dit bouffi! Mais elles peuvent faire comme les multi-nationales et investir en Chine.
- C'est facile, alors!
- Bien sûr que c'est facile. Avec 6% d'entreprises syndiquées, il n'y a aucun mal à licencier en France et se délocaliser.
- Et l'argent peut monter comme ça très, très haut dans le ciel?
- Bien sûr, mon petit! On appelle ça la religion du dieu dollar. Le principe est simple : faire croire que l'argent est la route qui nous mènera au Paradis (paradis divin pour les croyants, fiscal pour les chefs spirituels). Mais entre nous, l'argent ne monte que si on pense qu'il va monter, comme la religion. On appelle ça la confiance. Tant que le produit vendu est bon et connu, ça marche. Mais si pour augmenter encore plus les profits, on ajoute un peu de lait frelatté ou d'actions pourris, alors on prie et on fait croire que ça roule. Ensuite, les profits se font sur des dépenses encore plus faibles pour des prix de ventes identiques.
- Mais si ça se sait après?
- Y en a bien qui ne savent rien depuis 2000 ans, pourquoi pas le capitalisme? C'est une jeune religion, elle tatonne un peu. Mais bon, dans ce cas-là, la confiance est perdue. On vend tous les produits périmés qu'on a en stock pendant que la date de péremption est un peu dépassé. Car demain sera pire, on le sait. Beaucoup de ventes, pas d'achat. C'est la crise. Les gros patrons à l'origine de tous ce merdier, sentant le vent tourner, ont pris leur retraite avec de très grosses primes, on appelle ça des parachutes dorées. Car, crois-moi, si tout allait bien au contraire, ils n'auraient pas pris leur retraite mais juste démissioner et trouver facilement ailleurs. Les multi-nationales sont donc dans la merde, les banques aussi et tu viens après.
- Eh, mais c'est l'arnaque? Papa, je veux une glace!
- Mais ne t'inquiète pas. Avant que la crise ne t'atteigne, elle atteindra les banques. Les gouvernements savent que si les banques tombent, tout tombe. Alors ils décident de débloquer des milliards d'euros pour sauver les banques.
- Mais je croyais que y avait le gaspillage. Il devrait plus avoir d'argent?
- Ah, c'est ça l'astuce. Les gouvernements font croire qu'il n'y a plus d'argent pour forcer les gens à travailler et renoncer à leurs droits sociaux, et ainsi être compétitifs face aux marché chinois. Mais bon, quand le président s'octroie une augmentation de salaire et des réceptions fastueuses, on n'a pas trop à s'inquiéter.
- Où qu'il trouve l'argent, le gouvernement?
- Dans les impôts de papa, pardi! Le gouvernement augmente les impôts plus que d'habitude. Ca gueule un peu, mais c'est pas grave!
- Alors c'est tout bénéf pour les banques? Quand tout va bien, ça va bien. Quand tout va mal, ça va bien aussi.
- T'as tout compris. Bienvenue dans la société géniale! J'ai eu tout le temps de créer ton compte en banque qui va fructifier très rapidement! Pour te remercier de ta présence, voilà une tirelire offerte.
- C'est écrit "Made In China" en dessous.
- Allez fiston, on rentre!
- Avec une glace?
- Avec une glace.
- Chouette. Au revoir, monsieur le banquier! Dis papa, quand je serai grand, je veux être comme le monsieur.
- Au revoir, mon petit Jérôme. Au revoir, Monsieur Kerviel.
Bref, on connaît le goût du vomi mais on continue à se bourrer la gueule.
L'analyse de Philippe Val est aussi pertinent par la suite. Il nous parle des banques. Nous, les citoyens, sommes obligés de posséder un compte en banque pour les transferts de grosses sommes d'argent (et les petites aussi). Les sommes des comptes dorment tranquillement, pensez-vous, mais en fait elles travaillent activement, comme les banques expliquent si bien aux petits n'enfants qui ouvrent leur premier compte, avec en guise de cadeau de bienvenue, une tirelire. L'idée de Monsieur et Madame qui font ouvrir un compte à leur rejeton dans une banque me fait sourire :
- Bonjour et bienvenue à la société générale!
- Bonjour! Nous voudrions ouvrir un compte pour notre fils
- Je veux pas donner mon argent à lui. Je veux une glace!
- Oh! Qu'il est mignon tout plein! Mais bien sûr! Mais je vais tout d'abord expliquer à notre futur client, comment travaille son argent. Eh oui, ton petit billet de dix euros que tu vas me donner va te faire plein de petits billet de dix euros. Comment ça? Une fois tes dix euros en sécurité, ta nouvelle banque va les investir dans des entreprises à fortes croissances. Ce sont des entreprises qui la veille valent 10 euros et le lendemain valent 100.
- Wouah! C'est la magie?
- Mais non, mon petit! C'est le capitalisme. Il s'agit d'entreprises, qu'on appelle multi-nationale, qui ont trouvé une astuce leur permettant de gagner beaucoup d'argent. Grâce à la mondialisation, car il s'agit d'elle, les entreprises investissent leur argent, comme toi, dans des entreprises situées en Chine, qui ne coûtent pas beaucoup d'argent. Pas de sécurité, ni d'éducation, ni de droits sociaux dans ce pays, des journées de travail de 35 heures permettent à ces entreprises de ne pas beaucoup dépenser l'argent inutilement.
- Parce qu'en France, on dépense l'argent inutilement?
- Mais bien sûr, on appelle ça le gaspillage, ce qui obligent les entreprises basées en France à vendre très chers leur produit pour compenser les grosses dépenses et faire un peu de profit. Avec le marché chinois, ils pourront compenser les petites dépenses et faire de supra-énormes profit. Au fur et à mesure, la valeur de l'entreprise augmente, celle de ta banque aussi et celle de ton compte en banque par la même occasion. Comme tu peux le constater, on est dans la même merde, mon petit!
- Coooool!
- Mais ce n'est pas tout! Comme toi, ta banque et les multi-nationales prêtent leur argent aux entreprises chinoises; les entreprises françaises, elles, ont moins d'argent investit chez elles. Le deuxième effet Kiss-Cool arrive ensuite, les multi-nationales arrivent en France grâce à la mondialisation, et vendent des produits de Chine un peu moins chers que les mêmes produits français. Au lieu de faire de supra-énormes profits, elles peuvent se permettre de faire des méga-énormes profits.
- Alors y reste pu rien aux entreprises françaises?
- Tu l'as dit bouffi! Mais elles peuvent faire comme les multi-nationales et investir en Chine.
- C'est facile, alors!
- Bien sûr que c'est facile. Avec 6% d'entreprises syndiquées, il n'y a aucun mal à licencier en France et se délocaliser.
- Et l'argent peut monter comme ça très, très haut dans le ciel?
- Bien sûr, mon petit! On appelle ça la religion du dieu dollar. Le principe est simple : faire croire que l'argent est la route qui nous mènera au Paradis (paradis divin pour les croyants, fiscal pour les chefs spirituels). Mais entre nous, l'argent ne monte que si on pense qu'il va monter, comme la religion. On appelle ça la confiance. Tant que le produit vendu est bon et connu, ça marche. Mais si pour augmenter encore plus les profits, on ajoute un peu de lait frelatté ou d'actions pourris, alors on prie et on fait croire que ça roule. Ensuite, les profits se font sur des dépenses encore plus faibles pour des prix de ventes identiques.
- Mais si ça se sait après?
- Y en a bien qui ne savent rien depuis 2000 ans, pourquoi pas le capitalisme? C'est une jeune religion, elle tatonne un peu. Mais bon, dans ce cas-là, la confiance est perdue. On vend tous les produits périmés qu'on a en stock pendant que la date de péremption est un peu dépassé. Car demain sera pire, on le sait. Beaucoup de ventes, pas d'achat. C'est la crise. Les gros patrons à l'origine de tous ce merdier, sentant le vent tourner, ont pris leur retraite avec de très grosses primes, on appelle ça des parachutes dorées. Car, crois-moi, si tout allait bien au contraire, ils n'auraient pas pris leur retraite mais juste démissioner et trouver facilement ailleurs. Les multi-nationales sont donc dans la merde, les banques aussi et tu viens après.
- Eh, mais c'est l'arnaque? Papa, je veux une glace!
- Mais ne t'inquiète pas. Avant que la crise ne t'atteigne, elle atteindra les banques. Les gouvernements savent que si les banques tombent, tout tombe. Alors ils décident de débloquer des milliards d'euros pour sauver les banques.
- Mais je croyais que y avait le gaspillage. Il devrait plus avoir d'argent?
- Ah, c'est ça l'astuce. Les gouvernements font croire qu'il n'y a plus d'argent pour forcer les gens à travailler et renoncer à leurs droits sociaux, et ainsi être compétitifs face aux marché chinois. Mais bon, quand le président s'octroie une augmentation de salaire et des réceptions fastueuses, on n'a pas trop à s'inquiéter.
- Où qu'il trouve l'argent, le gouvernement?
- Dans les impôts de papa, pardi! Le gouvernement augmente les impôts plus que d'habitude. Ca gueule un peu, mais c'est pas grave!
- Alors c'est tout bénéf pour les banques? Quand tout va bien, ça va bien. Quand tout va mal, ça va bien aussi.
- T'as tout compris. Bienvenue dans la société géniale! J'ai eu tout le temps de créer ton compte en banque qui va fructifier très rapidement! Pour te remercier de ta présence, voilà une tirelire offerte.
- C'est écrit "Made In China" en dessous.
- Allez fiston, on rentre!
- Avec une glace?
- Avec une glace.
- Chouette. Au revoir, monsieur le banquier! Dis papa, quand je serai grand, je veux être comme le monsieur.
- Au revoir, mon petit Jérôme. Au revoir, Monsieur Kerviel.
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